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11/01/2009

La méthode globale

Je bavardais hier soir avec ma voisine, Mme Badin, dont le fils est à la maternelle.

- Croyez-vous, m'avait-elle dit le mois dernier, si Jean-Michel a fait des progrès en lecture, depuis qu'il va en classe! Il m'a rapporté une image qui raconte l'histoire d'Apoutsiak le petit Esquimau ! Il y avait un texte d'au moins trois lignes, avec des mots difficiles, comme
kayak, harpon et pingouin. Il a su me lire tout sans se tromper et pour bien me montrer qu'il savait aussi écrire, il m'a dessiné un pingouin avecle nom en dessous ! Et il n'a que cinq ans ! N'est-ce pas merveilleux ?

(Ce qui l'est moins, c'est que pour une dizaine d'élèves du cours préparatoire, le pingouin est un animal qui donne de la laine. Puissance de la publicité !)

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Et Mme Badin avait continué :
- De mon temps, quand j'ai appris à lire, c'était le B-A BA, B-E BE, B-I BI. Qu'est-ce donc que cette nouvelle méthode ?
- C'est la méthode globale. On n'apprend plus à lire en commençant par les lettres. C'est démodé, empoisonnant et vieux jeu. On étudie directement les mots et même les phrases. Par exemple, au début de l'année, on apprend le mot
bibliothèque. Cela permet d'écrire tout de suite des mots comme bibelot, bimbeloterie, bibliophile, et quand l'enfant rencontre une phrase du langage courant telle que : Babylas range ses bibelots dans sa bibliothèque, il la lit d'un seul trait, sans se tromper. Et surtout sans séparer les syllabes, ce qui fait très mauvais effet.
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- C'est ingénieur. Mais ce doit être un travail fou pour enseigner la lecture de cette façon ?
- Peut-être, mais cela amuse énormément les élèves. Ce qui importe, avant tout, c'est que l'enfant étudie dans la joie. Ainsi, avec la méthode globale, nous apprenons la chanson :
meunier tu dors.Chaque élève reçoit un assortiment de petits papiers. Sur l'un est écrit meunier, sur un autre tu, sur un autredors sur d'autres encore : ton, moulin, va, trop, vite.; Vous voyez en quoi consiste le jeu ? Il faut reconstituer la phrase. L'élève peut d'ailleurs changer l'ordre des mots ! Il obtient, à son gré :
meunier, tu dors. Ton moulin va trop vite ;
meunier, dors-tu ? trop vite ton moulin va !


Ou encore :
meunier, ton moulin va vite. Tu dors trop !
Evidemment, de temps en temps, on aboutit à :
moulin tu vite. Ton meunier va trop dors.

Mais ce n'en est que meilleur. On rectifie la phrase ensemble.
- Mais.... c'est le maître qui écrit tous ces petits papiers ?
- Oui, On les trouve bien en vente dans les librairies spécialisées, mais ça revient trop cher.



la suite....................

06/01/2009

Usine à Gosses - Une page d'écriture 2

Il convient ensuite de procéder à la vérification des buvards.

Pour un enfant de sept ans, un buvard est un instrument qui se prête à de multiples usages. Il permet de s'essuyer les mains, d'astiquer la table, de marquer la page d'un livre. Il sert de brouillon et de planche à dessin.

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On peut aussi l'utiliser comme cache pour empêcher le voisin de copier. Ou bien, encore, on le place devant sa figure après y avoir creusé deux trous à la hauteur des yeux. De temps en temps, quand le maître n'est pas loin, on le pose sous sa main pour éviter de faire des taches.

La page d'écriture est enfin commencée. Le silence règne.

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Boudard, Mouton, Blandin, Bourrons s'appliquent comme il se doit. Point besoin de les surveiller, ne de leur tenir la main. Leur travail sera impeccable, sauf si l'un d'eux, par extraordinaire, prend un peu trop d'encre et en remplit la boucle d'un L ou d'un B. Alors, ce sera la catastrophe.

Boudard recommencera toute sa page, sans rien dire, à moins que je ne l'en dissuade à temps. Mouton, s'arrêtera net, sortira sa gomme, son grattoir, fignolera sa besogne à l'aide d'une petite lame de rasoir et ne reprendra la suite de sa ligne qu'une fois sa lettre rectifiée. Blandin, atterré, lèvera la main et m'implorera d'un air de détresse silencieuse. Bourron, accablé par ce coup du sort, croisera les bras et laissera couler de grosses larmes sur sa page, ce qui n'arrangera nullement la situation.

Vallier tire la lange. Son nez touche son cahier et tout son être est tendu dans l'accomplissement de cette tâche sur-humaine.

Poussin est gaucher. Pour lui, écrire est toute une gymnastique. Il prend son porte-plume de la main droitre, le trempe dans l'encrier, le reprend de la main gauche et trace une lettre. Le porte-plume repasse dans la main droite et le trajet recommence.

Très méticuleux, il a compris que cette manière d'opérer, au moment du vire-voltage de l'instrument au-dessus du cahier, risquait de s'avérer dangereuse pour celui-ci. Aussi, ne prend-il qu'une goutte d'encre à la fois. Il remplit sa page en une heure quand les autres n'ont besoin que de dix minutes. Mais c'est une calligraphie impeccable.
Inutile, naturellement, d'essayer de le convaincre qu'il pourrait parfaitement utiliser le second encrier placé à sa gauche. On ne modifie pas les traditions.

Je m'arrête un instant près de lui. Il me regarde, un peu inquiet, me montre un "i" dont le point est légèrement trop haut. Il ne dit rien mais ses yeux m'interrogent.
Je l'encourage:
- C'est bien !
Il semble sceptique. Enfin, puisque j'ai l'air de m'en contenter.....

Je me penche sur Jeannou pour lui redresser la main. Il me remercie en me toussant en pleine figure : --Ke-hheu !.

Pauvre Malard ! son cahier est un vrai torchon. De place en place, on parvient à reconnaître un O ou un U. Je trace un modèle. Je lui tiens la main un instant, puis je l'abandonne. Une lettre, deux lettres informes, puis une tache.

Il a cependant fait de sérieux progrès. Au début de l'année, il lui arrivait de plonger sont porte-plume à l'envers dans l'encrier. Il l'essuyait alors sur ses mains, puis il essuyait ses mains sur ses joues.

01/01/2009

Usine à Gosses - La Dent

Vallier, au tableau, vient enfin de comprendre le mécanisme de l'addition avec retenue.


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Sans se tromper, il écrit 15 et 7, trouve 22 et saisit lechiffon à craie pour effacer son opération. C'est alors qu'un hurlement d'effroi retentit sur ma droite, au fond de la troisième rangée.

- Qu'est-ce que tu as ?
- Ma dent, m'sieu, ma dent !
- Eh bien, ta dent ? dis-je, très style Courteline.
- Elle est tombée, comme ça, là, dans... dans....
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Il en bégaye de terreur, le malheureux. J'ai peine à retenir mon rire :

- Et alors ? Elle remuait ? Tu as tiré dessus et elle t'est restée dans la main ? C'est ça ?
- Heu, heu, oui, m'sieu.
- Et c'est pour ça que tu fais une tête pareille ? Il ne t'est jamais tombé de dent ?
- Non, m'sieu.
- Eh bien, mon ami, elles vont toutes tomber, les unes après les autres, et il t'en poussera d'autres bien plus solides.
- Oh, m'sieu !

Il a l'air de penser que ce n'est pas vrai. Que diable, il n'est plus à l'âge où l'on croit encore aux contes de fées.

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Allons-y donc de mon petit cours de sciences naturelles, quoique ce ne soit pas du programme de la classe préparatoire. Mais il ne faut jamais perdre une occasion de s'instruire. Il se rassure un peu, mais il n'est pas entièrement convaincu. Il pense sans doute que je veux le consoler, adoucir son agonie, parce qu'il est en train de mourir et qu'il s'en va morceau par morceau.

- Ecoute, si tu ne me crois pas, demande à tes camarades !

Le choeur, digne d'une tragédie antique :
- Oui, m'sieu, oui, m'sieu !

Taouit se dresse de toute sa petite taille et s'adresse directement à Gomard :

- Oui, i va d'en pousser d'autres, mais fais gaffe, mon frangin ça y a poussé de travers, faut faire tomber les vieilles d'abord, dis à ta mère de t'emmener au " dentisse" !

Goumard s'assied, se rassérène, mais il a toujours sa dent dans sa main. Pendant l'heure de lecture qui suit il la garde devant lui, dans la rainure de la table. De temps en temps il la considère d'un air méditatif.
Quelle étrange chose que la vie, tout de même.......

A midi, il l'emporte chez lui, pour la montrer à sa mère. Et le lendemain matin, il arrive, tout fier, au moment de la mise en rangs :

- M'sieu, j'ai montré ma dent à maman, et pis hier soir elle l'a mise sous mon oreiller, et pis cette nuit le petit Jésus i m'a apporté dix francs !

Intervention de Taouit qui hausse les épaules :

- Le petit Jésus, il existe pas !
- Quoi, quoi, il existe pas ? Hein, m'sieu, qu'il existe, le petit Jésus ?

Bigre, je m'en tire comme je peux :
- Demande à ta maman. Je n'ai pas le temps de t'expliquer.

Et vive l'école laïque !

Usine à Gosses - Astuces

Exercice d'initiation à la lecture, à la maternelle.

Il faut placer ensemble la gravure et l'étiquette portant le mot correspondant.
Il y a CHIEN, MAISON, PAPA et AUTO

L'un des bambins demeure pensif devant ses étiquettes. La maîtresse s'approche pour l'aider :

- Eh bien, tu ne trouves pas ? Qu'est-ce que c'est que ça ?

- C'est un chien.

- Mets l'étiquette en dessous. Très bien ! Et ça ?
Elle désigne la voiture. Moue du gosse qui tripote ses cartons :

- C'est une 203, mais je trouve pas le mot !


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30/12/2008

Usine à Gosses - Une page d'écriture

A part Griou, à qui je ne consens que l'usage d'un crayon,

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qu'il tient obstinément comme un manche de pioche,

tous écrivent à l'encre ; quand il y en a
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Du temps de l'ancienne femme de service, il n'y avait jamais d'encre. Chaque matin, il fallait partir à la recherche de la bouteille qui sert pour trois classes à la fois, outre la mienne. Naturellement la bouteille se trouvait toujours dans la troisième classe visitée, et vide aux trois-quarts. Il ne restait au fond q' un magma gluant qui s'échappait du goulot avec un "floc" et s'étalait copieusement sur la table.

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A présent, la situation s'est nettement améliorée et le problème de l'encre ne se pose plus que le samedi ou, à la rigueur, le vendredi soir. Toutefois, chaque jour, une dizaine d'encriers se révèlent vides ou, ce qui revient au même, bourrés de petites boulettes de papier buvard. Il me faut effectuer un échange général d'encriers afin de répartir entre tous les élèves ceux qui sont encore utilisables. C'est l'affaire de cinq minutes.

La tâche suivant consiste à distribuer une dizaine de plumes neuves, à extirper les anciennes des porte-plumes consciencieusement sucés et grignotés, et à fixer les nouvelles à leur place, ce qui n'est pas toujours très commode, car bien souvent la plume usagée s'est cassée net à l'extrémité et il faut en sortir les débris avec une pince.

 
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