logo Blog50.com
Blog 50 est un service gratuit offert par Notre Temps

03/12/2008

La discipline-2ème chapitre

Ah, la discipline !

Il était une fois un doux rêveur du nom de Jean-Jacques Rousseau, qui, dans un moment d'euphorie, se laissa aller à déclarer que l'enfant est naturellement bon.

Comme c'est vrai !

Jamais vous ne verrez un gamin de huit ans coincer la tête d'un de ses camarades dans une porte de préau, par exemple. Jamais vous le le verrez.
Pour l'excellente raison qu'il opère pendant que vous avez le dos tourné.
Et ce serait une illusion de croire à la méchanceté de Mazurier quand il chipe les bérets pour les jeter dans une flaque d'au.
Je revois encore la bonne figure innocente de ce brave Gozon, un jour de printemps, quand je venais de lui coller cent lignes pour s'être assis sur un banc, dans les pieds reposaient sur les mains de l'un de ses copains :
- Ben quoi, on joue à la Gestapo !

On ne sait trop s'il existe une justice ici-bas, mais, pour la bonne réputation de celle de l'autre monde, j'espère bien qu'en fait de purgatoire, on a refilé au dénommé Jean-Jacques une classe de pré-apprentissage ou un petit noyau de cinquante-huit retardés.
Et si seulement cet illuminé n'avait pas fait de disciples !

La première fois que j'affrontai ces petits mignons c'était en 42 et il n'était question qu de la jeunesse qui rénoverait la France. Pétain donnait l'exemple avec ses quatre-vingt-cinq berges. Lors de ma prise de contact, la rénovation s'opérait.
Une quinzaine de grands diables de douze à quatorze ans, solidement retranchés dans un coin de cour entre la cantine et les cabinets, s'occupaient à repousser l'assaut d'une bande adverse de même calibre, à coups de boules de neige à demi fondue, dure comme de la pierre. Je bénis mentalement le fait que, débutnt dans le métier, je n'avais pas à assurer le service de surveillance, et je me bornai à réintégrer le préau en compagnie de mes collègues qui, comme moi, allaient effectuer leurs premières armes. Curieux, mais prudent, eût dit l'inspecteur Wens.

medium_081129094336827239.gif

- Ils vont se tuer.
- Z'en verrez d'autres, fit l'un des anciens sans s'émouvoir.
Apparition du directeur, taillé en armoire normande, 1,90 m plus le chapeau.
Il sortit dans la cour, contempla le spectacle et sourit.
Une boule effleura son chapeau et il ne sourit plus.
Il siffla. Le combat cessa. Je dois reconnaître que ce fut à peu près instantané.
Lentement, il marcha vers le chef des assaillants.
Un silence de mort plana.
Il hocha la tête plusieurs fois.
Puis :
- Faut pas jouer avec la neige ! C'est sale !
medium_081129094708535331.gif


Après quoi il se retourna :
- Allons, essayez de jouer gentiment, comme de grands garçons posés !
Cinq minutes plus tard, on emmenait deux blessés à l'infirmerie.




la suite............... à la prochaine note.

02/12/2008

Le saule pleureur - 1er chapitre

Lorsque Didier est venu à l'école pour la première fois de sa vie, un matin d'octobre, il fallut l'arracher à sa mère qui pleurait pour lui.

Toute la journée, il ne cessa de sangloter, jusqu'au moment où, accablé par la fatigue, il s'endormit sur son banc.

A la cantine, il ne prit aucune nourriture.

- Mange donc !
- J'ai pas faim.
- Tu ne veux pas un peu de soupe ?
- Je veux maman.

Ni la tranche de semelle, ni les nouilles, ni les deux cuillerées de confiture n'eurent plus de succès auprès de lui.

A 4 heures et demie, sa mère l'accueillit à la porte et le reçut dans ses bras. Elle me demanda tout de suite comment cela s'était passé et, sans me laisser le Qude répondre, enchaîna :

-C'est que c'est un enfant si fragile ! Et il ne m'a jamais quittée ! L'an dernier, j'ai voulu le mettre à la maternelle. Il n'y est pas resté dix minutes ! Il me faisait des crises nerveuses ! La nuit, il criait qu'il ne voulait pas retourner à l'école ! Que voulez-vous, plutôt que de le voir malade, je l'ai gardé. Je ne sais pas s'il pourra rester avec vous. Il a déjà 6 ans 1/2, mais il est si nerveux, et surtout si impressionnable........

Huit jours plus tard, Didier pleurait toujours.
Tous mes efforts étaient restés vains, et je commençais à me rendre à l'évidence. Il n'y avait rien à faire. Ce gosse avait été littéralement couvé par sa mère, et l'école lui faisait peur.
Les autres commençaient-ils à tracer un i sur leur ardoise ?
-Huhuhuhuhuhu !
-Qu'est ce que tu as ?
- Huhuhuhu je sais pas le faire !
- Eh bien, tu apprendras, Donne-moi ton ardoise, je vais te montrer.
- Non ! Mama ! Maaaaaaaaaaaa ! Huhuhu !

medium_enfant-pleure3.gif



Même manège lorsqu'il s'agissait de prendre le syllabaire :
- Huhuhuhu, je sais pas !

A la récréation, il se pelotonnait dans un coin en se protégeant la tête de son bras replié. Tout ce monde qui courait, hurlait, se bousculait, ce devait être pour lui une vision préliminaire de l'enfer.

A la première leçon de gymnastique le professeur l'a laissé pleurer dans un angle du préau.
A la deuxième heure, il a perdu un quart d'heure à essayer de le consoler.
A la troisième , il me l'a amené dans la classe, à bout de bras, et me l'a collé au bas de mon estrade comme un vulgaire ballot.
- Je ne veux plus de ce moucheron-là. Gardez-le moi cinq minutes, tout à l'heure, je l'emmène chez les filles.

Mon Didier pleurait de plus belle. Je l'ai regardé de travers :

-Ouais, le maître de gymnastique a raison. On a du se tromper. Tu n'es pas un vrai garçon. Tu es une fille. Tout à l'heure, on va t'emmener chez les filles.
- Non, monsieur, non, non, je le ferai pus ! je le ferais pus !
- Tu me dis ça maintenant, et tout à l'heure tu recommenceras à pleurer. Tu me fais honte. Moi non plus, je ne veux plus de toi.
- Non, monsieur, je vous promets, monsieur, je le ferai pus !
- On verra. Mouche-toi, pour commencer.
- Je sais pas, monsieur.
- Tous les garçons savent se moucher. Débrouille-toi.

Oh, bien sur, il s'est mouché dans ses doigts, et quand je lui ai dit de s'essuyer il s'est tout étalé sur la figure.
Le drame s'est dénoué devant le robinet de la salle des maîtres.

Au début de la semaine suivante, je n'eus que le temps de me précipiter, au moment de la récréation du matin, pour l'empêcher de se lancer du haut de la porte de l'un des compartiments des W.C. Il s'y était hissé à la force des poignets et il sautait, de là-haut, tout debout, en équilibre sur une épaisseur de porte de cinq centimètres, qui battait à tous les vents. De quoi se défoncer le crâne sur le ciment de la cour.



- Et si tu tombais ?
- Bouh !
Il m'a montré son coude qui saignait. Il était déjà tombé, cinq minutes auparavant. Je l'ai conduit à l'infirmerie. Il a hérité d'un pansement, en ronchonnant. Quand je l'ai ramené dans la cour, en le tenant par la main, un de ses camarades lui a fait les cornes :
- Hou, la fille !
Didier m'a lâché la main et lui a mis la sienne sur la figure.

Maintenant, il ne rêve que plaies et bosses. Il fait le désespoir de sa mère parce qu'il passe son jeudi à se rouler par terre ou dans le tas de mâchefer du chantier d'en face. Il a des bleus un peu partout et il ne s'écoule plus de jour sans qu'il ne déchire son pantalon ou son pull-over.
Mais il n'a peur de rien, il sait lire, il mange comme quatre et depuis la dernière pesée, il a engraissé de trois kilos.



La suite............... demain

01/12/2008

Livre : L' USINE à GOSSES

Ecrit par André PICOT, instituteur dans la banlieue de Paris. (Un livre retrouvé dans une vieille malle dans un grenier)

Depuis dix ans, chaque rentrée scolaire lui amène sa cargaison de têtes blondes ou brunes, sa petite armée de cancres, de timides, d'effrontés et de rares bons élèves.

Comme il les aime, ces gosses, il a noté tout ce qu'ils ont dit de drôle ou d'émouvant, d'inénarrable ou de déchirant ; car tout n'est pas drôle à la communale.

Cela a donné un récit d'année scolaire, en cinquante courts récits.

Vous sourirez avec attendrissement à l'histoire de "la rentrée" et de celui-qui-ne-voulait-pas-aller-à-l'école
.


(Un petit chapitre de ce livre publié de temps en temps sur mon blog, pour revivre le temps jadis !!) Vous ferez la dictée avec la classe des "grands" ; vous réapprendrez comment il faut demander à "sortir" et vous vous esclafferez en constatant les joyeux résultats de la "méthode globale".

Cette année scolaire-là passera tellement vite que vous arriverez, sans vous en être aperçus, à la "visite de l'inspecteur" et à la "distribution des prix".



Vous constaterez alors, avec étonnement et tendresse, que vous êtes redevenu pour quelques heures, un garçonnet en culottes courtes barbouillé d'encre,

medium_eleves-02.3.gif



ou une petite fille aux nattes enrubannées
medium_marelle_NB.gif



Et vous aimerez encore plus, après, ces chers petits diables qui emplissent si bien notre univers.

demain pour le 1er chapitre...........

19:00 Publié dans L'Usine à Gosses | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Livre, école

 
Accueil Blog50 | Créez gratuitement votre blog | Avec notretemps.com | Toute l'info retraite | Internet facile | Vos droits | Votre argent | Loisirs | Famille Maison | Cuisine | Jeux | Services | Boutique