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29/12/2008

Encore la discipline - 2

Tout de même, il a été fameusement épaté un matin.

Il y avait dans sa classe, un nouveau, fraîchement débarqué de l'école libre. On l'avait sans doute mis à la porte.
Nous, on ne peut pas faire ça. Il faut subir les poisons, de six à quatorze ans révolus. Ce nouveau n'était pas encore habitué aux méthodes de Doullens et il s'imaginait qu'on pouvait bavarder pendant une leçon.


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Doullens darde sur lui un regard sans appel :
- Va au fond ! Nez au mur !
Le gosse y va, s'agenouille, fait un signe de croix et commence à réciter son acte de contrition, à mi-voix, devant Doullens et sous les élèves éberlués.

Doullens reprend ses esprits, ordonne au coupable de revenir à sa place, et, puisque le gosse a envie de réciter quelque chose, lui colle cinq résumés de sciences à apprendre par coeur.

Le soir, il a intercepté les confidences du puni à un copain :
-ça c'est vache ! Cinq résumés, et pas un pareil ! Les dizaines de chapelet, au moins, c'était plus commode !

28/12/2008

Encore la discipline

Par contre, il y a ceux qui ont une discipline de fer.
Doullens, par exemple, qui, du haut de la fenêtre fermée de sa classe, dirige, les jours de grand froid, les évolutions de ses rangs, par un simple mouvement de doigt. Index tendu égale bras allongés, phalanges plissées, fixe, doigt en l'air, allez jouer.

Un jour il s'est amusé à parier une cigarette qu'il arrêterait la récréation sans siffler. Quatre cent cinquante gosses braillaient. Nous avons été trois à tenir le pari. Il s'est tourné ver la vingtaine de gamins qui jouaient à côté de lui :

- Immobiles ! Talons joints !
Il a fait cinq ou six pas.
- Vous aussi ! Toi, les mains sur la tête !
Puis d'une voix de stentor:
- Eh bien, là-bas, vous n'avez pas entendu le coup de sifflet ?
Un pauvre malheureux a eu l'innocence de dire que si.
- Tu es un beau menteur, parce que , justement, je n'ai pas sifflé ! Tu mériterais que je te donne seize temps à conjuguer ! Ou même trente-deux !

Ca remuait à l'autre bout de la cour. Il a vociféré :
- Ces messieurs désirent peut-être que je me dérange ?
La mise en rangs s'est effectuée sur la pointe des pieds. Le plus fort, c'est qu'en tout et pour tout Doullens donne quelque chose comme cinq ou six punitions par an. Quand il éternue à la cantine, tous les gosses mettent les mains sur la tête.

22/12/2008

L'Usine à Gosses -La discipline - suite 3

En ce qui me concerne, j'eus recours aux lignes. Le papier était contingenté et certains parents particulièrement compréhensifs interdisaient à leurs rejetons d'utiliser leurs cahiers pour faire des punitions. Je dus me rabattre sur les retenues et je m'y collai aussi ; ça se passait le soir et ainsi je prenais le métro une demi-heure plus tard, en pleine affluence.

Allons, je n'étais pas tellement à plaindre. Un de mes collègues se fit traiter de "salsifis" en leçon de chant et deux élèves à qui il avait refusé la sortie hygiéniques traditionnelle se soulagèrent, l'un par terre, l'autre dans une gobelet à peinture où une main traîtresse avait jeté un morceau de carbure.


L'instituteur titulaire de la classe était là, en train de corriger ses cahiers.

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Il se contenta de faire ouvrir la fenêtre :
- Il faut que vous fassiez votre discipline vous-même. Je ne peux intervenir que dans les cas graves, comprenez ?

Quand j'eus terminé ce stage de quinze jours, j'avais maigri de cinq kilos et ce n'était pas à cause des restrictions.
Le directeur, en me signant mon rapport, me dit avec un bon sourire :

- Ils sont gentils, hein : un peu turbulents, mais c'est de leur âge ! Et pleins d'imaginations ! Jeudi matin, j'en ai rencontré deux qui s'amusaient à faire flotter un plumier dans le ruisseau. Je leur ai dit :

- Qu'est-ce que vous faites ?
- M'sieu, c'est un cuirassé !

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Un plumier, c'était un cuirassé ! Splendide !



Suite...........

L'Usine à Gosses - La discipline-suite 2

C'est à ce moment précis qu'entra le directeur :
- Ah, ah ! Durand ! encore toi ! Passe à mon bureau ! Et le premier, vous entendez ? Le premier qui dit un mot, il y passera la journée !

Se tournant vers moi il marmonna :
- Ne vous laissez pas faire ! Envoyez-moi tous les chahuteurs ! Je leur réglerai leur compte !


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Il avait tout d'un gangster en disant cela. Dans la matinée je lui en expédiai trois. Mais, le midi, mes collègues m'expliquèrent le processus :
- Ne fais pas ça, malheureux ! ça se passe en trois temps. D'abord, c'est l'arrivée. -Alors, tu as encore fait l'imbécile ? - Tiens, puisque tu es là, va me porter ce cahier en troisième classe ! Et au retour : Alors, tu as fais ma commission ? - Oui, m'sieu ! - M'sieur qui ? - M'sieu le directeur ! - Ah ah ! tu n'es pas un mauvais garçon, hein ?
Tu te rappelles ce que j'ai dit à ta maman, l'autre jour ? Bien sur ! (long silence méditatif). Tiens, prends une poignée de biscuits vitaminés, et pense un peu à ton papa qui est prisonnier.......

Après ça, c'était un plaisir de se faire mettre à la porte.

Dame, tout le monde n'est pas comme ce patron dont on se raconte l'histoire depuis au moins 1920. Comme discipline, il ne connaissait qu'une méthode : la volée. Ce qui fait qu'un jour deux gosses s'amènent dans son bureau, il prend le premier et vlan, vlan, vlan..... Cela fait, il reprend son souffle et lui demande :
- Et qu'est-ce que tu as fait pour qu'on t'envoie ici ?
- M'sieu, moi j'ai rien fait ! C'est lui qui battait les autres, moi je venais seulement l'accompagner pour être sur qu'il viendrait bien jusqu'à votre bureau ! !!



Suite.................

12/12/2008

La discipline-suite 1

Par un des hasards dont le destin a le secret, la classe qui m'avait été confiée se trouvait démunie d'instituteur.
Tandis que mes camardes plus chanceux pouvaient débiter leurs leçons, garantis par la présence du titulaire aguerri par vingt ans de métier, je me trouvai en tête à tête avec trente-huit innocents de neuf à treize ans qui, sachant bien que je n'étais qu'élève-maître, avaient résolu de m'en faire baver. Et cela ne traîna pas.

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Tant qe je les regardai en face, tout se déroula à peu près normalement. J'excepte, évidemment, quelques cris d'animaux jaillissant à tour de rôle de chaque coin de la classe. Impossible de les localiser et je ne connaissais aucun élève par son nom.
Je tâtai d'un peu de bluff :
- Je sais très bien que c'est Durand qui mène le concert. Comme je ne voudrais pas commencer la classe par une punition.......
Le Durand en question m'avait été particulièrement recommandé et je ne risquais rien en le chargeant de tous les péchés. Dans ma candeur naïve, je m'imaginais que mon petit sermon allait le visser pour un bout de temps.
Durand se dreessa, tout debout, sur son banc :
-Ouais! Quand y en a un qui fait une connerie, c'est toujours Durand qui trinque ! Ben il en a marre, Durand, vous comprenez ?
Je mis du temps à réaliser, mais je voulus m'en tirer :
- Est-ce que je t'ai puni ?
- ça va pas tarder ! Allez-y, collez moi au piquet à la récré ! Moi je m'en fous, vous serez obligé de vous y mettre aussi pour me surveiller et ça vous embêtera plus que moi !
Je lui suis gré 'avoir employé le verbe "embêter". J'essayai encore la persuasion :
- Je t'ai demandé si je t'ai puni. C'est oui ou c'est non ?
- Oueh !
- Eh bien alors ? Qu'est ce que tu as à réclamer ?

Ni lui ni ses copains ne s'attendaient à ça et je m'apprêtais à jouir de ma victoire. Hélas ! Je devais me retourner, pour écrire la dade au tableau..........
Pan, une amorce. Non, deux.
Je fis volte-face.
Soixante-seize bras croisés. Pas un murmure.
J'écrivis : lundi
- M' sieu, je peux aller aux chiottes ?
- Moi aussi, m' sieu. Moi, m' sieu. M'sieu, j' tiens pas !

J'envoyai Jean-Jacques Rousseau à tous les diables.
- Qui veut aller aux cabinets ?
Tout le monde leva la main.
- Une mauvaise note générale
- Hou !
- Durand, passe à la porte.
- ca y est !
Mais il ne bougea pas.
- Il faut que j'aille te chercher ?
- C'est la faute à Bucheon ! Eh ben, tiens, v'la ce que j'y fais à Buchon !
Et hop ! l'encrier sur le cahier du voisin. Résignation, inconscience, complicité sublime ? Buchon me regarda d'un air navré :
- Il me fait ça trois fois par jour, m'sieu, y a rien à faire !


suite.........................

 
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