logo Blog50.com
Blog 50 est un service gratuit offert par Notre Temps

02/12/2008

Le saule pleureur - 1er chapitre

Lorsque Didier est venu à l'école pour la première fois de sa vie, un matin d'octobre, il fallut l'arracher à sa mère qui pleurait pour lui.

Toute la journée, il ne cessa de sangloter, jusqu'au moment où, accablé par la fatigue, il s'endormit sur son banc.

A la cantine, il ne prit aucune nourriture.

- Mange donc !
- J'ai pas faim.
- Tu ne veux pas un peu de soupe ?
- Je veux maman.

Ni la tranche de semelle, ni les nouilles, ni les deux cuillerées de confiture n'eurent plus de succès auprès de lui.

A 4 heures et demie, sa mère l'accueillit à la porte et le reçut dans ses bras. Elle me demanda tout de suite comment cela s'était passé et, sans me laisser le Qude répondre, enchaîna :

-C'est que c'est un enfant si fragile ! Et il ne m'a jamais quittée ! L'an dernier, j'ai voulu le mettre à la maternelle. Il n'y est pas resté dix minutes ! Il me faisait des crises nerveuses ! La nuit, il criait qu'il ne voulait pas retourner à l'école ! Que voulez-vous, plutôt que de le voir malade, je l'ai gardé. Je ne sais pas s'il pourra rester avec vous. Il a déjà 6 ans 1/2, mais il est si nerveux, et surtout si impressionnable........

Huit jours plus tard, Didier pleurait toujours.
Tous mes efforts étaient restés vains, et je commençais à me rendre à l'évidence. Il n'y avait rien à faire. Ce gosse avait été littéralement couvé par sa mère, et l'école lui faisait peur.
Les autres commençaient-ils à tracer un i sur leur ardoise ?
-Huhuhuhuhuhu !
-Qu'est ce que tu as ?
- Huhuhuhu je sais pas le faire !
- Eh bien, tu apprendras, Donne-moi ton ardoise, je vais te montrer.
- Non ! Mama ! Maaaaaaaaaaaa ! Huhuhu !

medium_enfant-pleure3.gif



Même manège lorsqu'il s'agissait de prendre le syllabaire :
- Huhuhuhu, je sais pas !

A la récréation, il se pelotonnait dans un coin en se protégeant la tête de son bras replié. Tout ce monde qui courait, hurlait, se bousculait, ce devait être pour lui une vision préliminaire de l'enfer.

A la première leçon de gymnastique le professeur l'a laissé pleurer dans un angle du préau.
A la deuxième heure, il a perdu un quart d'heure à essayer de le consoler.
A la troisième , il me l'a amené dans la classe, à bout de bras, et me l'a collé au bas de mon estrade comme un vulgaire ballot.
- Je ne veux plus de ce moucheron-là. Gardez-le moi cinq minutes, tout à l'heure, je l'emmène chez les filles.

Mon Didier pleurait de plus belle. Je l'ai regardé de travers :

-Ouais, le maître de gymnastique a raison. On a du se tromper. Tu n'es pas un vrai garçon. Tu es une fille. Tout à l'heure, on va t'emmener chez les filles.
- Non, monsieur, non, non, je le ferai pus ! je le ferais pus !
- Tu me dis ça maintenant, et tout à l'heure tu recommenceras à pleurer. Tu me fais honte. Moi non plus, je ne veux plus de toi.
- Non, monsieur, je vous promets, monsieur, je le ferai pus !
- On verra. Mouche-toi, pour commencer.
- Je sais pas, monsieur.
- Tous les garçons savent se moucher. Débrouille-toi.

Oh, bien sur, il s'est mouché dans ses doigts, et quand je lui ai dit de s'essuyer il s'est tout étalé sur la figure.
Le drame s'est dénoué devant le robinet de la salle des maîtres.

Au début de la semaine suivante, je n'eus que le temps de me précipiter, au moment de la récréation du matin, pour l'empêcher de se lancer du haut de la porte de l'un des compartiments des W.C. Il s'y était hissé à la force des poignets et il sautait, de là-haut, tout debout, en équilibre sur une épaisseur de porte de cinq centimètres, qui battait à tous les vents. De quoi se défoncer le crâne sur le ciment de la cour.



- Et si tu tombais ?
- Bouh !
Il m'a montré son coude qui saignait. Il était déjà tombé, cinq minutes auparavant. Je l'ai conduit à l'infirmerie. Il a hérité d'un pansement, en ronchonnant. Quand je l'ai ramené dans la cour, en le tenant par la main, un de ses camarades lui a fait les cornes :
- Hou, la fille !
Didier m'a lâché la main et lui a mis la sienne sur la figure.

Maintenant, il ne rêve que plaies et bosses. Il fait le désespoir de sa mère parce qu'il passe son jeudi à se rouler par terre ou dans le tas de mâchefer du chantier d'en face. Il a des bleus un peu partout et il ne s'écoule plus de jour sans qu'il ne déchire son pantalon ou son pull-over.
Mais il n'a peur de rien, il sait lire, il mange comme quatre et depuis la dernière pesée, il a engraissé de trois kilos.



La suite............... demain

Commentaires

Coucou !
Une lectrice qui va sûrement suivre les malheurs de Didier . Merci de ta visite sur mon blog.
Bizous Françoise !

Écrit par : françoise la comtoise | 02/12/2008

Trop de protections rendent le petit d'homme fragile...
Dès sa naissance, le jeune homo sapiens se prend deux ou trois piqûres sur ses petites fesses fripéees...Plus tard emmaillotté des pieds à la tête, il vit sa vie de nourrisson à 25° Celsius.
Plus tard encore, bambin, fillette ou garçonnet, il doit mettre un troisième pull-over, dès que sa mère a peur d'avoir froid.
Qu'il crache ou tousse un peu, les pompiers le conduisent aux urgences....
Pauvre petit d'homme, protégé et isolé de tout.
Posé tout chaud devant l'école, récupéré avant d'avoir pris froid, le voilà prêt pour assurer au-delà de toute espérance, la pérennité du trou de la Sécu !
Au moindre courant d'air, et pour peu que quelques virus ou microbes en bonne santé s'y promènent, le voilà grelottant, enrhumé, malade !
"Il est fragile des bronches, les trois docteurs que j'ai vus cette semaine m'ont conseillé une cure à La Bourboule, là-bas, chez les sauvages, en attendant, mon mari se renseigne sur Internet pour trouver un poumon d'acier pas trop cher..."
Au fond, triste et renfrogné, le gamin rêve se courir en short dans la neige, de grimper aux arbres et de s'écorcher les genoux aux pierres du sentier...Il se voit, gamin libre comme l'air, comme le fut le vieux bougon qui écrit ce commentaire....
Salut.

Écrit par : Crabillou | 03/12/2008

un début scolaire difficile pour ce petit Didier ;gageons qu'au fil de l'histoire il deviendra un petit" gas "robuste et moins pleurnichard !!! biss

Écrit par : celestine | 03/12/2008

Il en a des malheurs pour arriver à prouver qu'il est un garçon... Les moqueries à l'école les gamins s'en souviennent toujours. Mais bon ! en voilà un futur mec, un vrai.. ahah. Bises de miche

Écrit par : miche | 04/12/2008

Les commentaires sont fermés.

 
Accueil Blog50 | Créez gratuitement votre blog | Avec notretemps.com | Toute l'info retraite | Internet facile | Vos droits | Votre argent | Loisirs | Famille Maison | Cuisine | Jeux | Services | Boutique